Le mauvais œil
Les différentes formes du mauvais œil
Parler du mauvais œil comme d’une seule chose est une erreur fréquente. Les textes et les savants permettent de distinguer plusieurs formes, selon leur origine et l’intention de celui qui regarde. Bien les connaître évite deux erreurs : accuser tout le monde, ou au contraire ne se méfier de personne, pas même de soi-même.
1. L’œil de l’envieux
C’est la forme la plus grave. L’envieux voit un bienfait chez l’autre et souhaite qu’il disparaisse. Son regard est chargé d’une hostilité réelle. Allah ordonne de chercher refuge « contre le mal de l’envieux quand il envie » (Al-Falaq, 5). Ibn Al-Qayyim précise que tout envieux peut jeter le mauvais œil, mais que tout celui qui jette le mauvais œil n’est pas forcément envieux.
2. L’œil de l’admiration
Il vient d’une personne qui n’a aucune mauvaise intention, mais qui admire sans évoquer Allah. C’est le cas de ‘Âmir ibn Rabî‘a, un Compagnon, qui admira Sahl ibn Hounayf. Sahl tomba malade sur-le-champ. Le Prophète ﷺ ne traita pas ‘Âmir d’ennemi : il lui reprocha de ne pas avoir invoqué la bénédiction (Mâlik, Ibn Mâja).
Cette forme peut venir des parents, des amis, du conjoint, et même de soi-même. Les savants citent le cas de celui qui admire sa propre voiture, sa maison ou son enfant sans dire « Mâ châ’ Allâh ». Allah rapporte la parole de l’homme pieux à son compagnon orgueilleux : « Si seulement, en entrant dans ton jardin, tu avais dit : Mâ châ’ Allâh, il n’y a de force que par Allah. » (Al-Kahf, 39).
3. L’œil des djinns
Le Prophète ﷺ cherchait protection contre l’œil des djinns comme contre celui des hommes, jusqu’à la révélation des deux sourates protectrices (At-Tirmidhî). Le regard des djinns serait, selon certains savants, plus pénétrant encore que celui des hommes. D’où l’importance de dire « Bismillâh » en se déshabillant, en entrant chez soi ou en posant ses affaires.
4. L’œil volontaire et l’œil involontaire
Certaines personnes jettent le mauvais œil sans le savoir ni le vouloir. D’autres sont connues pour cela et en ont conscience. Les savants ont parlé du devoir de ces dernières : invoquer la bénédiction, éviter de fixer ce qu’elles admirent, et, si quelqu’un est atteint, accepter de faire leurs ablutions pour le soigner, comme l’a ordonné le Prophète ﷺ.
5. L’œil par le regard, et le mal par la parole
Le mauvais œil passe d’abord par le regard. Mais la parole qui l’accompagne peut l’amplifier : un compliment appuyé, une comparaison, une remarque envieuse répétée. C’est pourquoi l’islam éduque à la fois les yeux et la langue.
Ce qu’il faut en retenir
La plupart des personnes qui jettent le mauvais œil ne sont pas des ennemis. Ce sont souvent des proches qui ont oublié d’évoquer Allah. La réponse n’est donc ni la méfiance ni l’accusation. Elle consiste à se protéger chaque jour, à apprendre à son entourage le réflexe du « Mâ châ’ Allâh, tabâraka-llâh », et à s’appliquer soi-même cette règle en premier.
Le regard de l’homme et celui des djinns
Ibn Hajar explique dans Fath al-Bârî, à propos de la petite fille vue chez Oumm Salama, que certains savants ont compris que le regard qui l’avait atteinte venait des djinns. Ibn Al-Qayyim, dans Zâd al-Ma‘âd, précise que l’âme de l’envieux peut atteindre sa cible même sans la voir, par la simple description, ce qui explique que l’aveugle puisse aussi jeter le mauvais œil.
Références pour approfondir
- Le Coran : Yousouf 67, Al-Qalam 51, Al-Falaq
- Sahîh Al-Boukhârî et Sahîh Mouslim, chapitres de la médecine et de la roqya
- Ibn Al-Qayyim, Zâd al-Ma‘âd, chapitre sur le traitement du mauvais œil
- Ibn Hajar Al-‘Asqalânî, Fath al-Bârî, explication du hadith « Le mauvais œil est une réalité »
- Ibn Kathîr et Al-Qourtoubî, exégèses des versets cités
- Ibn Al-Jawzî, Talbîs Iblîs
- Fatwas de cheikh Ibn Bâz et du Comité permanent des savants
- Cheikh Khâlid Al-Habachî, alroqya.com
- Dahmichi Abdelkader, L’Œil et l’Envie : réalité, preuves et guérison
Pour aller plus loinL’Œil et l’Envie : réalité, preuves et guérison
Programme de 30 jours
Se protéger et se relever
Un court message chaque matin pendant 30 jours : une invocation, un rappel tiré du Coran et de la Sunna, et un geste concret.