Le mauvais œil
Les croyances erronées autour des symboles censés repousser le mauvais œil
La main de Fatma, l’œil bleu, le fer à cheval, les cornes rouges, le fil rouge au poignet, la corne de gazelle, le sel jeté derrière soi, l’encens « contre le mauvais œil »… Dans les familles d’origine maghrébine, turque ou méditerranéenne, et même chez de nombreux Européens, ces symboles sont partout. On les accroche dans la voiture, au-dessus de la porte, au berceau du bébé. Pourtant, aucun n’a le moindre fondement dans le Coran ou la Sunna.
Ce que dit la Sunna
Le Prophète ﷺ vit un homme portant un bracelet de cuivre et lui demanda : « Qu’est-ce que cela ? » Il répondit : « C’est contre la faiblesse. » Le Prophète ﷺ dit : « Enlève-le, car il ne fait qu’accroître ta faiblesse. Si tu meurs en le portant, tu ne réussiras jamais. » (Ahmad).
Il a dit aussi : « Celui qui accroche une amulette, qu’Allah ne lui accomplisse pas son affaire ; et celui qui accroche un coquillage, qu’Allah ne lui accorde pas la tranquillité. » (Ahmad). Le coquillage était, à l’époque, l’équivalent de notre œil bleu.
Lors d’une expédition, le Prophète ﷺ envoya même un messager pour ordonner : « Qu’il ne reste au cou d’aucun chameau un collier de corde, sans qu’il soit coupé. » (Al-Boukhârî et Mouslim). Les Arabes croyaient que ces colliers protégeaient du mauvais œil.
Pourquoi est-ce grave ?
Le problème n’est pas l’objet lui-même, mais ce qu’il fait au cœur. Celui qui compte sur une main de Fatma pour le protéger a attaché son cœur à un morceau de métal au lieu de l’attacher à Allah. Les savants classent cela dans le petit chirk lorsque l’on croit que l’objet est un simple moyen de protection, et dans le grand chirk lorsque l’on croit qu’il protège par lui-même.
Ibn Al-Jawzî rapporte dans Talbîs Iblîs que le Diable a toujours mené les gens vers ces pratiques en leur faisant croire qu’elles étaient anodines, traditionnelles, ou même religieuses. Le nom de « main de Fatma » en est un bon exemple : il donne une apparence islamique à une pratique antérieure à l’islam.
Et les versets accrochés au mur ?
Accrocher Âyat al-Kursî ou un verset calligraphié comme décoration ou comme rappel n’est pas une amulette. Mais croire que le cadre accroché protège la maison, sans jamais réciter, est une erreur. La protection vient de la récitation, pas du papier.
Que faire concrètement ?
- Retirer avec douceur ces objets de chez soi et de sa voiture, en expliquant pourquoi aux proches.
- Ne pas en offrir aux naissances ou aux mariages, même par tradition.
- Les remplacer par l’habitude des invocations du matin et du soir, et de la récitation sur les enfants.
La vraie protection ne s’accroche pas au mur et ne se porte pas au cou. Elle se dit avec la langue et se vit avec le cœur.
Un débat tranché par les savants
Ibn Hajar rapporte dans Fath al-Bârî que les colliers et cordons que l’on attachait au cou des montures étaient précisément destinés à repousser le mauvais œil, et que l’ordre du Prophète ﷺ de les couper visait cette croyance. Al-Qourtoubî souligne que tout ce qui est accroché dans l’intention de repousser le mal, sans fondement dans la révélation, relève de ces amulettes interdites.
Références pour approfondir
- Le Coran : Yousouf 67, Al-Qalam 51, Al-Falaq
- Sahîh Al-Boukhârî et Sahîh Mouslim, chapitres de la médecine et de la roqya
- Ibn Al-Qayyim, Zâd al-Ma‘âd, chapitre sur le traitement du mauvais œil
- Ibn Hajar Al-‘Asqalânî, Fath al-Bârî, explication du hadith « Le mauvais œil est une réalité »
- Ibn Kathîr et Al-Qourtoubî, exégèses des versets cités
- Ibn Al-Jawzî, Talbîs Iblîs
- Fatwas de cheikh Ibn Bâz et du Comité permanent des savants
- Cheikh Khâlid Al-Habachî, alroqya.com
- Dahmichi Abdelkader, L’Œil et l’Envie : réalité, preuves et guérison
Pour aller plus loinL’Œil et l’Envie : réalité, preuves et guérison
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