Le mauvais œil
Le mauvais œil par jalousie, par étonnement et par pitié
On imagine souvent que le mauvais œil vient uniquement de personnes malveillantes. En réalité, les savants distinguent trois sentiments qui peuvent en être à l’origine. Les comprendre permet de mieux se protéger, et surtout de mieux protéger les autres de son propre regard.
1. Par jalousie
C’est la forme la plus nuisible. L’envieux voit un bienfait chez l’autre et souhaite qu’il disparaisse. Son regard porte une véritable hostilité. Allah nous enseigne à chercher refuge contre lui : « Et contre le mal de l’envieux quand il envie. » (Al-Falaq, 5). Le verset précise « quand il envie » : le mal se produit lorsque le sentiment s’exprime, par le regard, la parole ou l’acte.
2. Par étonnement et admiration
C’est la forme la plus répandue, et la plus méconnue. Une personne voit quelque chose de beau ou d’impressionnant et s’en étonne, sans aucune mauvaise intention, mais sans évoquer Allah. L’exemple de ‘Âmir ibn Rabî‘a et Sahl ibn Hounayf le montre : ‘Âmir était un Compagnon, il aimait Sahl, et pourtant son admiration l’a fait tomber malade (Mâlik, Ibn Mâja).
Cette forme peut venir d’un parent qui admire son enfant, d’un mari qui admire sa femme, ou de soi-même. Ibn Al-Qayyim rapporte que certaines personnes atteignent leurs propres biens par leur regard. D’où l’habitude des pieux de dire « Mâ châ’ Allâh » devant leurs propres bienfaits.
3. Par pitié
Certains savants y ajoutent le regard de pitié excessive : on regarde une personne éprouvée avec un sentiment de compassion qui accentue son malheur, par des paroles comme « le pauvre, il ne s’en sortira jamais » ou « quelle catastrophe ». Ce regard, sans évocation d’Allah, peut aggraver l’épreuve au lieu de l’alléger.
L’islam enseigne une autre compassion, qui invoque et qui encourage. En visitant un malade, le Prophète ﷺ disait : « Ce n’est rien, c’est une purification, si Allah le veut. » (Al-Boukhârî).
Un seul remède pour les trois
Quelle que soit son origine, la protection est la même : évoquer Allah. Devant un bienfait, on dit « Mâ châ’ Allâh, tabâraka-llâh, allâhoumma bârik ». Devant une épreuve, on dit « Allâhoumma-chfih » (Ô Allah, guéris-le) ou « Lâ ba’s, tahoûr in châ’ Allâh ».
Celui qui prend cette habitude ne protège pas seulement les autres. Il purifie aussi son cœur de la jalousie, de l’attachement excessif à ce bas monde et du désespoir.
Celui qui atteint ce qu’il aime
Ibn Al-Qayyim souligne dans Zâd al-Ma‘âd que l’homme peut atteindre par son regard ce qu’il aime le plus : son enfant, sa monture, ses biens. Ibn Hajar rapporte dans Fath al-Bârî que certains savants recommandaient à celui qui craint son propre regard de dire « Allâhoumma bârik fîh » dès qu’il est frappé par l’admiration.
Références pour approfondir
- Le Coran : Yousouf 67, Al-Qalam 51, Al-Falaq
- Sahîh Al-Boukhârî et Sahîh Mouslim, chapitres de la médecine et de la roqya
- Ibn Al-Qayyim, Zâd al-Ma‘âd, chapitre sur le traitement du mauvais œil
- Ibn Hajar Al-‘Asqalânî, Fath al-Bârî, explication du hadith « Le mauvais œil est une réalité »
- Ibn Kathîr et Al-Qourtoubî, exégèses des versets cités
- Ibn Al-Jawzî, Talbîs Iblîs
- Fatwas de cheikh Ibn Bâz et du Comité permanent des savants
- Cheikh Khâlid Al-Habachî, alroqya.com
- Dahmichi Abdelkader, L’Œil et l’Envie : réalité, preuves et guérison
Pour aller plus loinL’Œil et l’Envie : réalité, preuves et guérison
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