La jalousie
La notion de jalousie et son origine
La jalousie, appelée en arabe al-hasad, est le fait de voir un bienfait chez autrui et de souhaiter qu’il disparaisse, qu’on le désire pour soi ou non. Ibn Taymiyya la définit plus largement comme le fait de détester le bien qui arrive à l’autre. C’est une maladie du cœur, que l’islam combat avec fermeté.
Jalousie et émulation
Il ne faut pas la confondre avec l’émulation, appelée al-ghibta. Celle-ci consiste à voir le bien chez l’autre et à souhaiter le même pour soi, sans vouloir qu’il le perde. Elle est permise, et même louable lorsqu’elle porte sur la religion. Le Prophète ﷺ a dit : « Pas d’envie permise sauf dans deux cas : un homme à qui Allah a donné des biens et qui les dépense dans le bien, et un homme à qui Allah a donné la sagesse et qui juge et enseigne par elle. » (Al-Boukhârî et Mouslim). Le mot « envie » désigne ici l’émulation.
Le premier péché commis dans les cieux
La jalousie est aussi ancienne que la création de l’homme. Lorsque Allah ordonna aux anges de se prosterner devant Adam, Iblîs refusa : « Je suis meilleur que lui : Tu m’as créé de feu et Tu l’as créé d’argile. » (Al-A‘râf, 12). Son refus mêlait l’orgueil et la jalousie de l’honneur accordé à Adam. Depuis, il a juré d’égarer sa descendance. Ibn Al-Jawzî, dans Talbîs Iblîs, montre que la jalousie reste l’une de ses armes favorites pour diviser les hommes.
Le premier crime commis sur terre
Le premier meurtre de l’humanité fut aussi le fruit de la jalousie. Les deux fils d’Adam offrirent un sacrifice. Celui de Hâbîl fut accepté, celui de Qâbîl ne le fut pas. Qâbîl dit alors : « Je te tuerai certainement. » (Al-Mâ’ida, 27). Au lieu de chercher à s’améliorer, il voulut supprimer celui qu’il enviait.
La jalousie dans l’histoire des prophètes
Les frères de Yousouf le jetèrent dans un puits par jalousie de l’amour de leur père. Les gens du Livre jalousèrent les croyants pour la révélation qu’ils avaient reçue : « Beaucoup de gens du Livre aimeraient vous rendre mécréants après que vous avez cru, par jalousie de leur part. » (Al-Baqara, 109). Et Allah dit : « Envient-ils les gens pour ce qu’Allah leur a donné de Sa grâce ? » (An-Nisâ’, 54).
Se réfugier auprès d’Allah
Allah a fait de la protection contre l’envieux l’objet d’une sourate entière, récitée chaque jour par les croyants : « Dis : je cherche protection auprès du Seigneur de l’aube… et contre le mal de l’envieux quand il envie. » (Al-Falaq, 1-5). Cette sourate rappelle que l’envieux existe, que son mal est réel, et que le refuge est auprès d’Allah seul.
Comprendre l’origine de la jalousie permet de la reconnaître : chez les autres pour s’en protéger, et chez soi-même pour s’en guérir.
La jalousie dans l’exégèse
Ibn Kathîr explique, dans son commentaire de la sourate Al-Falaq, que l’envieux n’est dangereux que « quand il envie », c’est-à-dire lorsqu’il laisse sortir sa jalousie par le regard, la parole ou l’acte. Al-Qourtoubî rapporte que la jalousie fut le premier péché commis dans le ciel, celui d’Iblîs, et le premier commis sur terre, celui de Qâbîl.
Références pour approfondir
- Le Coran : Al-Falaq, Yousouf, Al-Mâ’ida 27-31, Al-Hachr 9-10
- Sahîh Al-Boukhârî et Sahîh Mouslim
- Al-Ghazâlî, Ihyâ’ ‘ouloûm ad-dîn, livre de la jalousie
- Ibn Taymiyya, Majmoû‘ al-Fatâwâ, épître sur les maladies des cœurs
- Ibn Al-Qayyim, Badâ’i‘ al-Fawâ’id et Zâd al-Ma‘âd
- Ibn Hajar Al-‘Asqalânî, Fath al-Bârî
- Ibn Kathîr et Al-Qourtoubî, exégèses
- Ibn Al-Jawzî, Talbîs Iblîs
- Dahmichi Abdelkader, L’Œil et l’Envie : réalité, preuves et guérison
Pour aller plus loinL’Œil et l’Envie : réalité, preuves et guérison
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