Les piliers d’un couple solide
Un couple solide ne se construit pas par hasard. Il repose sur quelques piliers simples, enseignés par le Coran et la Sunna, qui protègent le foyer, les époux et les enfants.
Mettre Allah au centre du foyer
Le croyant place son Créateur au centre de tous ses projets, et d’abord au centre de son foyer. Il se rappelle à chaque instant qu’Allah le voit, l’observe et l’entend, à la maison comme ailleurs.
Chaque parole qui sort de sa bouche, envers son conjoint comme envers ses enfants, est notée et conservée jusqu’au Jour du Jugement. Allah dit : « Il ne prononce pas une parole sans avoir auprès de lui un observateur prêt à l’inscrire. » (Qâf, 50:18)
Les époux ne doivent pas avoir peur l’un de l’autre : ils doivent craindre Allah. Celui qui craint son Seigneur ne blesse pas, n’humilie pas et ne trahit pas, même quand personne ne le voit. Un foyer bâti sur la crainte d’Allah est un foyer où chacun se sent en sécurité.
Le conjoint est un dépôt confié par Allah (amâna)
Tant que nous ne comprendrons pas la notion d’amâna, le dépôt confié, nos couples connaîtront bien des problèmes.
Si je prête 50 € à quelqu’un, il est normal qu’il me rende 50 €. Si je prête 20 €, il me rend 20 €. Ce qu’on nous confie, nous devons le rendre intact.
Il en va de même du conjoint. Mon épouse n’est pas un bien que je possède : c’est un dépôt qu’Allah m’a confié. Si j’en prends soin, je serai comblé dans ce monde et dans l’au-delà. Si je la néglige ou la maltraite, j’en rendrai compte devant Lui. Le Prophète ﷺ l’a rappelé lors de son dernier sermon : « Craignez Allah au sujet des femmes, car vous les avez reçues comme un dépôt d’Allah. » (Muslim 1218)
Et cela vaut dans les deux sens : le mari aussi est un dépôt confié à son épouse. Le Prophète ﷺ a dit : « La femme est bergère dans le foyer de son mari, et elle est responsable de ce qui lui est confié. » (Al-Bukhârî 893)
Des paroles qui blessent plus que des coups
Certaines paroles détruisent plus profondément que des coups. Les coups laissent des marques sur le corps, mais les mots blessants laissent des cicatrices dans le cœur, qui mettent parfois des années à guérir. C’est pourquoi l’homme comme la femme n’ont pas le droit :
- de blesser ou d’insulter leur conjoint ;
- de le rabaisser ou de l’humilier, en privé comme devant les autres ;
- de le comparer à un autre homme ou à une autre femme ;
- de dévoiler à qui que ce soit l’intimité de leur couple.
Le Prophète ﷺ a dit : « Le croyant n’est ni diffamateur, ni maudisseur, ni grossier, ni obscène. » (At-Tirmidhî 1977) Il a dit aussi : « Parmi les pires des gens auprès d’Allah au Jour de la Résurrection, il y a l’homme qui s’unit à son épouse, puis divulgue son secret. » (Muslim 1437)
Ne jamais faire choisir entre son conjoint et ses parents
On ne doit jamais placer son conjoint devant un choix impossible : « C’est ta mère ou moi », « C’est ton père ou moi ». Ce sont deux relations différentes, deux amours différents, qu’on ne peut ni comparer ni mettre en concurrence.
L’islam donne à chacun ses droits. La mère occupe une place immense : le Prophète ﷺ, interrogé sur la personne la plus digne d’être bien traitée, a répondu : « Ta mère », trois fois, puis « ton père ». (Al-Bukhârî 5971, Muslim 2548) Et le conjoint a lui aussi des droits que nul ne peut lui retirer. Un croyant sincère honore les deux, sans sacrifier l’un pour l’autre.
Beaucoup de couples se plaignent d’une belle-mère méchante ou envahissante. Mais l’inverse existe aussi : des belles-filles et des gendres qui cherchent à éloigner leur conjoint de ses parents. Dans les deux cas, c’est le foyer qui en souffre. Chacun doit rester à sa place, avec respect et bienveillance.
Aux belles-familles : laissez le couple grandir
Certaines belles-familles, malheureusement, ne sont pas toujours si belles. Quand leur fille ou leur fils se marie, elles gardent le sentiment que cet enfant leur appartient encore. Elles s’invitent alors dans chaque décision, chaque désaccord, chaque dispute du jeune couple.
Or le mariage fonde un nouveau foyer. Allah dit : « Et parmi Ses signes, Il a créé pour vous, de vous-mêmes, des épouses afin que vous trouviez auprès d’elles la sérénité, et Il a mis entre vous affection et miséricorde. » (Ar-Rûm, 30:21) Cette affection doit pouvoir grandir entre les deux époux, sans que d’autres ne s’interposent.
Les parents doivent donc apprendre à mûrir eux aussi : conseiller quand on le leur demande, prier pour leurs enfants, mais savoir se retirer. Laisser un couple affronter lui-même ses difficultés, c’est lui permettre de devenir solide. C’est la plus belle preuve d’amour qu’une belle-famille puisse donner.
Quant aux époux, cela ne les dispense jamais de la bonté envers leurs parents, qui reste un devoir. Mais bonté ne veut pas dire laisser les autres diriger son foyer.
Les enfants, éponges et miroirs du foyer
Les enfants sont des éponges. Ils absorbent tout ce qui se passe à la maison : les cris, les silences lourds, le mépris, les tensions. Même quand on croit les protéger en se disputant « à voix basse » ou dans une autre pièce, ils ressentent tout.
Les enfants sont aussi le miroir de leurs parents. Ce que vous faites aujourd’hui, votre fils ou votre fille le reproduira un jour dans son propre foyer : la manière de parler à son conjoint, de régler un désaccord, de pardonner ou de garder rancune.
Le Prophète ﷺ a dit : « Chacun de vous est un berger, et chacun de vous est responsable de son troupeau. » (Al-Bukhârî 893, Muslim 1829) Protéger son couple, c’est aussi protéger l’avenir de ses enfants.
Ce que l’enfant voit, il le reproduit
L’expérience du terrain le montre : des adolescents insultent leur père, le rabaissent, et vont parfois jusqu’à le frapper. En cherchant la cause, on découvre souvent que la mère faisait de même : elle insultait son mari, le rabaissait, lui manquait de respect devant les enfants. L’enfant n’a fait que reproduire ce qu’il a vu.
De la même manière, un mari qui rabaisse sans cesse sa femme, la dénigre et ne reconnaît jamais ses bienfaits enseigne à ses enfants à mépriser leur mère. Bien souvent, ils finissent par lui parler exactement comme leur père le fait. Et une fille qui voit sa mère humiliée risque de croire que c’est normal.
Le Prophète ﷺ a dit : « Le meilleur d’entre vous est celui qui est le meilleur envers sa famille, et je suis le meilleur d’entre vous envers ma famille. » (At-Tirmidhî 3895) Le respect entre les parents est la première leçon d’éducation que reçoit un enfant.
Être l’ami de ses enfants
Le père gagne à considérer son fils comme un ami, et la mère sa fille comme une confidente. Les enfants ne doivent pas voir leurs parents comme des soldats ou des policiers qui ne savent qu’interdire et ordonner. Un enfant qui a peur de ses parents leur cache ses problèmes. Un enfant qui leur fait confiance vient leur parler.
C’était la manière du Prophète ﷺ. Anas ibn Mâlik, qui l’a servi pendant dix ans dès son enfance, a dit : « Il ne m’a jamais dit “ouf”, et ne m’a jamais reproché : “Pourquoi as-tu fait ceci ?” » (Al-Bukhârî 6038, Muslim 2309) Et au jeune Ibn ‘Abbâs, il parlait comme à un adulte capable de comprendre : « Ô jeune garçon, je vais t’enseigner des paroles… » (At-Tirmidhî 2516)
Parler à ses enfants avec respect et les traiter en personnes responsables, c’est gagner leur confiance. Être leur ami ne veut pas dire renoncer à son rôle de parent : c’est l’exercer avec douceur.
Nos enfants sont nos invités
N’oublions pas que nos enfants sont comme des invités chez nous. Aujourd’hui, ils grandissent sous notre toit. Demain, ils prendront leur envol pour fonder leur propre foyer.
Les années passent plus vite qu’on ne le croit. Profitons de chaque instant avec eux : un repas partagé, une discussion, un rire, une prière ensemble. Ce sont ces moments qu’ils emporteront avec eux, et dont nous aurons la nostalgie quand la maison sera devenue silencieuse.
Si votre couple traverse déjà une crise, lisez aussi Quand rien ne va plus dans le couple.
Références pour approfondir
- Le Coran et la Sunna
- Ibn Al-Qayyim, Ighâthat al-Lahfân et Madârij as-Sâlikîn
- Al-Ghazâlî, Ihyâ’ ‘ouloûm ad-dîn
- An-Nawawî, Riyâd as-Sâlihîn
- Recommandations des professionnels de santé : médecins, psychologues, centres d’addictologie
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