Protéger sa maison et sa famille
Les gestes quotidiens de la Sunna qui font d’un foyer une forteresse.
La maison est le premier lieu de protection d’une famille. La Sunna donne des gestes simples, quotidiens, qui en font une forteresse contre les démons, le mauvais œil et la sorcellerie. Ils ne demandent ni matériel ni dépense : seulement de la régularité.
Sourate Al-Baqara : faire fuir le diable
لَا تَجْعَلُوا بُيُوتَكُمْ مَقَابِرَ، إِنَّ الشَّيْطَانَ يَنْفِرُ مِنَ الْبَيْتِ الَّذِي تُقْرَأُ فِيهِ سُورَةُ الْبَقَرَةِ
« Ne faites pas de vos maisons des tombes : le diable fuit la maison où l’on lit sourate Al-Baqara » (Muslim, n° 780). Le verbe yanfiru désigne la fuite de l’animal effrayé qui détale. An-Nawawî explique que « faire de sa maison une tombe », c’est la vider de prière et de Coran, comme un cimetière où l’on ne prie pas (Sharh Sahîh Muslim). Le hadith ne fixe pas de fréquence : beaucoup de raqis conseillent une lecture complète au moins une fois tous les trois jours, ou chaque semaine en la partageant entre les membres de la famille.
Un enregistrement suffit-il ? Les savants contemporains en ont débattu. Plusieurs, dont le cheikh Ibn ʿUthaymîn, estiment qu’un enregistrement ne remplace pas une lecture vivante, qui suppose la présence et l’intention de celui qui récite. L’écoute reste une bonne chose, mais la lecture par une personne de la maison est préférable.
En entrant et en mangeant : « Bismillah »
« Quand l’homme entre chez lui et mentionne Allah en entrant et en mangeant, le diable dit à ses compagnons : “Pas de gîte ni de dîner pour vous ce soir” » (Muslim, n° 2018, d’après Jâbir). Le simple nom d’Allah ferme la porte.
On cite souvent l’invocation « Allâhumma innî as’aluka khayra l-mawlaj… » pour l’entrée dans la maison (Abû Dâwûd, n° 5096). Les savants divergent sur sa chaîne : Al-Albânî l’a jugée faible, à cause d’une rupture de transmission. On peut la dire comme une invocation générale, mais la Sunna sûre est le « Bismillah » du hadith de Jâbir.
Le soir : fermer, couvrir, rentrer les enfants
« Quand vient le soir, retenez vos enfants, car les démons se répandent à ce moment-là. Une heure de la nuit passée, laissez-les. Fermez les portes en mentionnant le nom d’Allah, car le diable n’ouvre pas une porte fermée. Fermez vos outres et couvrez vos récipients en mentionnant le nom d’Allah » (Al-Bukhârî, n° 3280 ; Muslim, n° 2012). Ibn Hajar note que le moment visé est le coucher du soleil, le moment du Maghrib (Fath al-Bârî, commentaire du hadith).
Prier à la maison
« Faites une part de vos prières dans vos maisons, et n’en faites pas des tombes » (Al-Bukhârî, n° 432). Les prières surérogatoires faites à la maison l’emplissent de lumière et apprennent aux enfants, par l’exemple, ce que les paroles n’enseignent pas.
Protéger les enfants
Le Prophète ﷺ protégeait Al-Hasan et Al-Husayn en disant : « Uʿîdhukumâ bi-kalimâti llâhi t-tâmma, min kulli shaytânin wa hâmma, wa min kulli ʿaynin lâmma » : « Je vous mets sous la protection des paroles parfaites d’Allah, contre tout diable, toute bête venimeuse et tout œil qui frappe » (Al-Bukhârî, n° 3371). Le mot lâmma vient de lamma, « toucher, atteindre » : l’œil qui atteint sa cible.
- Réciter sur eux Al-Ikhlâs, Al-Falaq et An-Nâs avant le sommeil.
- Leur apprendre ces invocations dès qu’ils savent parler.
- Éviter d’exposer leurs photos et leurs réussites sur les réseaux sociaux.
Le mauvais œil passe-t-il par une photo ? Les savants contemporains divergent. Certains estiment que l’œil agit à travers ce que l’envieux voit et admire, image comprise. D’autres le limitent au regard direct. Dans le doute, la prudence protège : rien n’oblige à publier ses enfants.
La propreté, et les lieux que fuient les anges
« La purification est la moitié de la foi » (Muslim, n° 223). Le Prophète ﷺ a dit des lieux d’aisance : « Ces lieux sont fréquentés par les démons » (Abû Dâwûd, n° 6 ; Ibn Mâjah, n° 296 ; authentifié par Al-Albânî), d’où l’invocation que l’on dit en y entrant. Une maison propre et rangée, aérée, où les ordures ne s’accumulent pas, n’est pas seulement plus saine pour le corps : elle offre moins de prise aux démons.
Les objets suspects
Ne pas faire entrer dans la maison des objets dont on ignore l’origine, des « porte-bonheur », des amulettes ou des talismans, même offerts par un proche. Si l’on trouve un objet suspect (papier écrit, nœuds, cheveux, petit paquet cousu), on récite dessus Al-Fâtiha, Âyat al-Kursî et les trois dernières sourates, on le défait, on le trempe dans de l’eau sur laquelle on a récité, puis on le détruit. Voir nos articles sur les talismans et les nœuds.
L’aumône, un rempart
« Les bonnes actions protègent des morts funestes » (At-Tabarânî ; jugé bon par Al-Albânî, Sahîh al-Jâmiʿ, n° 3795). Une famille qui donne régulièrement, même peu, place sa maison sous la protection d’Allah.
Si un membre de la famille change soudainement
Un enfant qui devient agressif sans raison, un conjoint qui se détourne brutalement, une aversion soudaine pour la maison ou pour la prière : ces changements méritent attention. Ils peuvent avoir une cause médicale, psychologique ou spirituelle, et souvent plusieurs à la fois. Voir l’article Accompagner un proche atteint.
Références pour approfondir
- Muslim, Sahîh, n° 223, 780, 2012, 2018.
- Al-Bukhârî, Sahîh, n° 432, 3280, 3371.
- Abû Dâwûd, Sunan, n° 6 et 5096 ; Ibn Mâjah, Sunan, n° 296.
- Al-Albânî, Sahîh al-Jâmiʿ as-Saghîr, n° 3795 ; Daʿîf Sunan Abî Dâwûd.
- An-Nawawî, Al-Minhâj, Sharh Sahîh Muslim, sur le hadith n° 780.
- Ibn Hajar al-ʿAsqalânî, Fath al-Bârî, commentaire du hadith n° 3280.
- Muhammad ibn Sâlih Ibn ʿUthaymîn, fatwas sur la roqya enregistrée.