Traverser le deuil
Ce que dit l’islam du deuil, ce qui profite au défunt, et comment réconforter la famille.
La perte d’un être cher est l’une des épreuves les plus dures de la vie. L’islam ne demande pas de cacher sa peine : il lui donne un sens, un cadre et une espérance. Les savants ont consacré des livres entiers au réconfort des endeuillés, comme Tasliyat ahl al-masâ’ib d’Al-Manbijî ou Bard al-akbâd d’Ibn Nâsir ad-Dîn ad-Dimachqî, écrit après la mort de ses propres enfants.
Les larmes ne s’opposent pas à la foi
À la mort de son fils Ibrâhîm, le Prophète ﷺ pleura. ‘Abd ar-Rahmân ibn ‘Awf s’étonna : « Même toi, ô Messager d’Allah ? » Il répondit : « C’est une miséricorde. » Puis : « L’œil pleure, le cœur s’attriste, et nous ne disons que ce qui plaît à notre Seigneur. » (Al-Bukhârî 1303). Ce qui est interdit, ce sont les lamentations, se frapper le visage, déchirer ses vêtements ou contester le décret d’Allah (Al-Bukhârî 1294).
Ce que l’on dit
« Innâ li-Llâhi wa innâ ilayhi râji‘ûn. Allâhumma ‘jurnî fî musîbatî wa akhlif lî khayran minhâ. » Umm Salama raconte qu’à la mort d’Abû Salama, elle se demanda : « Qui pourrait être meilleur que lui ? » Elle dit pourtant l’invocation, et Allah lui donna mieux que lui : le Prophète ﷺ lui-même (Muslim 918).
Ibn al-Qayyim relève dans Zâd al-Ma‘âd que la phrase « Nous sommes à Allah » contient tout le remède du deuil : ce que l’on a perdu ne nous appartenait pas, c’était un dépôt, et son Propriétaire l’a repris.
La récompense de celui qui perd un enfant
Lorsque l’âme d’un enfant est reprise, Allah demande aux anges : « Qu’a dit Mon serviteur ? » Ils répondent : « Il T’a loué et a dit : Nous sommes à Allah et c’est vers Lui que nous retournerons. » Allah dit : « Bâtissez pour Mon serviteur une maison au Paradis, et nommez-la la Maison de la louange. » (At-Tirmidhî 1021)
Ce qui profite au défunt
- L’invocation pour lui, notamment celle de la prière funéraire : « Allâhumma-ghfir lahu wa-rhamhu… » (Muslim 963).
- L’aumône en son nom : un homme demanda s’il pouvait donner une aumône pour sa mère décédée, et le Prophète ﷺ répondit oui (Al-Bukhârî 2760).
- Les œuvres continues : « Lorsque l’homme meurt, ses œuvres s’arrêtent, sauf trois : une aumône continue, une science utile, ou un enfant pieux qui invoque pour lui. » (Muslim 1631)
- Le règlement de ses dettes, et le pèlerinage accompli pour lui.
La lecture du Coran offerte au défunt est l’objet d’un débat : Ach-Châfi‘î et d’autres considéraient que sa récompense ne lui parvient pas, Ahmad et une partie des savants qu’elle lui parvient. Tous s’accordent que l’invocation et l’aumône lui profitent.
La durée du deuil
Le deuil ne dépasse pas trois jours, sauf pour l’épouse, qui observe quatre mois et dix jours pour son mari (Al-Bukhârî 1280). Ce cadre ne demande pas d’arrêter d’être triste : il demande de reprendre la vie.
Réconforter la famille
À la mort de Ja‘far, le Prophète ﷺ dit : « Préparez de la nourriture pour la famille de Ja‘far, car il leur est arrivé ce qui les occupe. » (Abû Dâwûd 3132). Les savants ont blâmé l’usage inverse, où la famille endeuillée doit nourrir les visiteurs. On présente ses condoléances par des paroles simples : « À Allah appartient ce qu’Il a pris et ce qu’Il a donné, et toute chose a auprès de Lui un terme fixé : patiente et espère la récompense. » (Al-Bukhârî 1284)
Ce que dit la psychologie du deuil
Les chercheurs décrivent aujourd’hui le deuil comme une oscillation entre la douleur de la perte et la reprise de la vie (modèle de Stroebe et Schut, 1999). Le cadre de l’islam, avec les larmes permises, les trois jours, les condoléances et le retour progressif aux occupations, rejoint cette compréhension. Mais lorsqu’un deuil empêche de vivre pendant des mois, avec perte de sommeil et idées noires, il peut devenir un « deuil prolongé », reconnu par l’Organisation mondiale de la santé, qui demande l’aide d’un médecin ou d’un psychologue.
En cas d’idées noires, appelez le 0800 32 123 (Centre de Prévention du Suicide, 24 h/24). Tous les numéros sont sur la page « Où trouver de l’aide ».
Références pour approfondir
- Le Coran : Al-Baqara 2:155-157.
- Al-Bukhârî 1280, 1284, 1294, 1303, 2760 ; Muslim 918, 963, 1631 ; At-Tirmidhî 1021 ; Abû Dâwûd 3132.
- Ibn al-Qayyim, Zâd al-Ma‘âd ; Al-Manbijî, Tasliyat ahl al-masâ’ib ; Ibn Nâsir ad-Dîn ad-Dimachqî, Bard al-akbâd ‘inda faqd al-awlâd.
- Stroebe, M., Schut, H. (1999), « The dual process model of coping with bereavement », Death Studies 23(3).