Récits de patience des prophètes
Ayyûb, Ya‘qûb et Yûsuf : trois modèles de patience dans l’épreuve, racontés par le Coran.
Le Coran raconte l’histoire de prophètes éprouvés plus durement que quiconque. Le Prophète ﷺ a dit : « Les gens les plus durement éprouvés sont les prophètes, puis les meilleurs après eux. » (At-Tirmidhî 2398). Leurs récits ne sont pas seulement des histoires : ce sont des remèdes pour le cœur de celui qui souffre.
Ayyûb : la patience dans la maladie
Ayyûb perdit ses biens, ses enfants et sa santé pendant de longues années. Une narration rapportée par Abû Ya‘lâ et jugée authentique par Ibn Hajar évoque dix-huit ans d’épreuve. Il ne se plaignit qu’à Allah : « Le mal m’a touché, et Tu es le plus Miséricordieux des miséricordieux. » (Al-Anbiyâ’, 21:83)
Les savants ont admiré la délicatesse de cette invocation. Ibn al-Qayyim relève qu’Ayyûb ne dit pas « guéris-moi » : il décrit son état et rappelle la miséricorde d’Allah, laissant à Allah le choix de la réponse. C’est, dit-il, l’invocation la plus haute : celle du serviteur qui expose son besoin sans rien imposer. Allah lui rendit sa santé et sa famille, et le loua : « Quel excellent serviteur ! Il était plein de repentir. » (Sâd, 38:44)
Ya‘qûb : la belle patience
Ya‘qûb perdit son fils Yûsuf, puis un second fils. Il pleura au point que ses yeux blanchirent de tristesse, mais dit : « Je ne me plains qu’à Allah de mon chagrin et de ma tristesse. » (Yûsuf, 12:86). Et : « Une belle patience ! » (Yûsuf, 12:18)
Ibn Taymiyya définit la « belle patience » comme celle qui ne contient aucune plainte contre Allah auprès des créatures. Se plaindre à Allah n’est pas contraire à la patience ; se plaindre d’Allah aux gens l’est. Ya‘qûb ne désespéra jamais : « Ne désespérez pas de la miséricorde d’Allah. » (Yûsuf, 12:87)
Yûsuf : la patience face à l’injustice
Trahi par ses frères, vendu comme esclave, tenté, accusé à tort et emprisonné des années, Yûsuf resta fidèle. Ibn Taymiyya distingue deux patiences dans son histoire : celle qu’il n’a pas choisie, face à ses frères, et celle qu’il a choisie, face à la tentation. La seconde, dit-il, est plus haute, car elle vient de la volonté.
Devenu ministre, il pardonna : « Pas de reproche contre vous aujourd’hui. » (Yûsuf, 12:92). Et il résuma son histoire : « Quiconque craint Allah et patiente, Allah ne laisse pas perdre la récompense des bienfaisants. » (Yûsuf, 12:90)
Ce que ces récits enseignent
- l’épreuve n’est pas un signe qu’Allah vous a abandonné ;
- on peut pleurer et rester patient ;
- se plaindre à Allah est permis, et même recommandé ;
- la délivrance vient, parfois après des années ;
- la fin de l’histoire est toujours meilleure que son début pour celui qui patiente.
Références pour approfondir
- Le Coran : Al-Anbiyâ’ 21:83-84 ; Sâd 38:41-44 ; sourate Yûsuf.
- At-Tirmidhî 2398.
- Ibn Taymiyya, Majmû‘ al-Fatâwâ, vol. 10 (la patience) ; Ibn al-Qayyim, ‘Uddat as-sâbirîn et Al-Fawâ’id.
- Ibn Kathîr, Qisas al-anbiyâ’.