Reconnaître un raqi sérieux
Les repères du Coran, de la Sunna et des savants pour distinguer la vraie roqya du charlatanisme.
La roqya est une pratique noble, mais elle attire aussi des charlatans et des sorciers déguisés. Savoir reconnaître un raqi sérieux protège le malade, sa famille et sa foi. Voici les repères que donnent le Coran, la Sunna et les savants.
Les trois conditions d’une roqya permise
Le Prophète ﷺ a dit : « Montrez-moi vos formules de roqya. Il n’y a pas de mal à la roqya tant qu’elle ne contient pas d’association » (Muslim, n° 2200). Ibn Hajar rapporte que les savants sont unanimes sur trois conditions (Fath al-Bârî, livre de la médecine, chapitre de la roqya) :
- elle se fait avec la parole d’Allah, Ses noms et Ses attributs, ou des invocations transmises ;
- elle est dite en arabe, ou dans une langue dont on comprend le sens ;
- on croit qu’elle n’agit pas d’elle-même, mais par la volonté d’Allah seul.
Tout ce qui sort de ce cadre (formules incompréhensibles, noms inconnus, carrés de chiffres) n’est plus de la roqya.
Les signes du sorcier déguisé en raqi
Le cheikh ʿAbd al-ʿAzîz Ibn Bâz, dans ses fatwas sur la sorcellerie, a dressé une liste de signes qui trahissent le sorcier. S’il en présente un seul, il faut partir :
- il demande le prénom de la mère du malade ;
- il réclame un vêtement porté, des cheveux ou des ongles ;
- il demande d’égorger un animal d’une couleur précise, sans prononcer le nom d’Allah ;
- il écrit des talismans, des carrés ou des lettres séparées ;
- il murmure des formules que l’on ne comprend pas ;
- il ordonne de s’isoler plusieurs jours dans une pièce sombre ;
- il donne des papiers à enterrer, à brûler ou à faire fondre dans l’eau ;
- il annonce, avant même d’écouter, le nom du malade, son village et ses problèmes.
Celui qui prétend connaître l’invisible
« Celui qui va voir un devin et l’interroge sur quelque chose, sa prière n’est pas acceptée pendant quarante nuits » (Muslim, n° 2230). Un raqi sérieux ne prétend jamais savoir qui a fait la sorcellerie. Il ne dit pas « c’est ta belle-sœur » ou « c’est ta tante ». Ces accusations ont détruit des familles entières, souvent sur la seule parole d’un djinn.
Faut-il parler au djinn ? Les savants distinguent deux choses. Lui parler pour lui ordonner le bien, lui interdire le mal et le sommer de sortir est permis : Ibn Taymiyya l’a pratiqué et décrit (Majmûʿ al-Fatâwâ, volume 19, épître sur les djinns). Mais croire ce qu’il raconte est une autre affaire : le djinn qui possède un corps est par nature un menteur et un agresseur, et ses « révélations » servent souvent à semer la discorde. Le Prophète ﷺ a dit du diable : « Il t’a dit vrai, alors qu’il est un grand menteur » (Al-Bukhârî, n° 2311). Une information venue d’un djinn ne prouve donc jamais rien.
La pudeur, une ligne rouge
« Qu’un homme ne s’isole jamais avec une femme sans la présence d’un proche parent (mahram) » (Al-Bukhârî, n° 5233 ; Muslim, n° 1341). Une femme ne doit jamais être reçue seule. Le raqi récite sans toucher. Les savants qui permettent un contact en cas de nécessité le limitent à un geste par-dessus le vêtement, en présence du mahram, et rappellent la sévérité du hadith : « Qu’on enfonce dans la tête de l’un de vous une aiguille de fer vaut mieux pour lui que de toucher une femme qui ne lui est pas permise » (At-Tabarânî ; authentifié par Al-Albânî, Sahîh al-Jâmiʿ, n° 5045).
Le secret des patients
Le raqi entend des confidences lourdes : problèmes de couple, conflits de famille, fautes passées. Il doit les garder. « Celui qui couvre un musulman, Allah le couvrira ici-bas et dans l’au-delà » (Muslim, n° 2699). Un raqi qui raconte les histoires de ses patients, même sans les nommer, trahit cette confiance.
La médecine, jamais contre la roqya
Un raqi sérieux ne dit jamais d’arrêter un traitement médical. Il encourage au contraire à consulter, car le Prophète ﷺ a dit : « Soignez-vous » (Abû Dâwûd, n° 3855). Il ne pose pas de diagnostic médical et sait reconnaître ce qui relève du médecin. Ibn al-Qayyim a consacré une grande partie de Zâd al-Maʿâd à la médecine prophétique pour montrer que le remède spirituel et le remède du corps se complètent.
L’humilité : la guérison vient d’Allah
« Et quand je suis malade, c’est Lui qui me guérit » (Ash-Shuʿarâ’, 26:80). Ibrâhîm attribue la maladie à lui-même et la guérison à Allah, par politesse envers son Seigneur, comme le remarquent les exégètes. Le raqi n’est qu’un moyen. Celui qui promet une guérison garantie en un nombre précis de séances s’attribue ce qui n’appartient qu’à Allah.
Un suivi, et l’autonomie du malade
Un bon raqi accompagne sur plusieurs séances, car la sorcellerie et la possession se traitent rarement en une fois. Il enseigne aussi au malade la protection quotidienne (invocations du matin et du soir, lecture d’Al-Baqara, roqya sur soi-même) pour qu’il participe activement à sa guérison entre les séances. Les deux vont ensemble : le suivi du raqi et l’effort personnel.
Conseils au malade
- Venir accompagné, surtout pour une femme.
- Écouter : tout ce qui est récité doit être compréhensible et venir du Coran ou de la Sunna.
- Partir immédiatement au moindre signe de sorcellerie décrit plus haut.
- Ne jamais accuser un proche sur la parole d’un djinn ou d’un « voyant ».
- Poursuivre son traitement médical.
Références pour approfondir
- Muslim, Sahîh, n° 1341, 2200, 2230, 2699.
- Al-Bukhârî, Sahîh, n° 2311, 5233.
- Abû Dâwûd, Sunan, n° 3855.
- Al-Albânî, Sahîh al-Jâmiʿ as-Saghîr, n° 5045.
- Ibn Hajar al-ʿAsqalânî, Fath al-Bârî, livre de la médecine, chapitre de la roqya.
- Ibn Taymiyya, Majmûʿ al-Fatâwâ, vol. 19, épître sur les djinns.
- ʿAbd al-ʿAzîz Ibn Bâz, fatwas sur la sorcellerie et les signes du sorcier, Majmûʿ Fatâwâ wa Maqâlât Mutanawwiʿa.
- Ibn al-Qayyim, Zâd al-Maʿâd, partie sur la médecine prophétique.