Rechutes après amélioration
Pourquoi les symptômes reviennent parfois, et comment consolider la guérison.
Après quelques séances, le sommeil revient, l’oppression se dissipe… puis, un jour, les symptômes réapparaissent. La rechute est fréquente dans le mauvais œil, la sorcellerie et l’atteinte par les djinns. Elle n’est ni un échec ni une fatalité : elle a des causes, et ces causes se traitent.
Ce que dit le mot arabe
La rechute se dit en arabe nuks ou naksa. Ibn Manzûr la définit ainsi : « le retour de la maladie après la convalescence » (Lisân al-ʿArab, racine n-k-s). La racine évoque l’idée de « retourner », de « remettre tête en bas ». Le mot dit donc bien ce que vit le malade : il croyait la page tournée, et elle se retourne. Mais un retour n’annule pas le chemin parcouru : il indique qu’un élément du traitement n’est pas encore terminé.
Première cause : l’arrêt trop tôt des protections
C’est la cause la plus courante. Dès que l’on va mieux, on abandonne les invocations du matin et du soir, la lecture de sourate Al-Baqara, l’eau de roqya. Or le Prophète ﷺ a dit : « L’œuvre la plus aimée d’Allah est la plus régulière, même si elle est petite » (Al-Bukhârî, n° 6464 ; Muslim, n° 783).
Ibn al-Qayyim compare les invocations à une arme : « l’arme vaut par celui qui la manie, et non par son seul tranchant » (Ad-Dâ’ wa-d-Dawâ’, chapitre sur l’invocation). Une arme posée au sol ne protège personne. Il précise aussi que les versets et les invocations guérissent par eux-mêmes, mais qu’ils demandent un « réceptacle » prêt à les recevoir et une volonté ferme de celui qui les récite.
Le minimum à garder à vie, même une fois guéri :
- « Bismillâhi lladhî lâ yadurru maʿa smihi shay’un… », trois fois matin et soir : celui qui la dit « rien ne lui nuira » (Abû Dâwûd, n° 5088 ; At-Tirmidhî, n° 3388, qui la juge bonne et authentique) ;
- Âyat al-Kursî avant de dormir : « un gardien venant d’Allah ne cessera de te protéger » (Al-Bukhârî, n° 2311) ;
- les deux derniers versets d’Al-Baqara le soir, qui « suffisent » à celui qui les lit (Al-Bukhârî, n° 5009 ; Muslim, n° 808) ;
- sourate Al-Baqara lue dans la maison, car « le diable fuit la maison où elle est lue » (Muslim, n° 780).
Deuxième cause : un objet de sorcellerie toujours présent
Quand le Prophète ﷺ fut ensorcelé par Labîd ibn al-Aʿsam, Allah lui montra où se trouvait la sorcellerie : dans le puits de Dharwân, cachée dans un peigne, des cheveux et l’enveloppe d’un pollen de palmier (Al-Bukhârî, n° 5763 ; Muslim, n° 2189). Ibn al-Qayyim en tire que l’un des traitements de la sorcellerie est d’en extraire et d’en détruire le support, l’autre étant la roqya (Zâd al-Maʿâd, chapitre sur le traitement de la sorcellerie).
Une sorcellerie que l’on mange, que l’on boit, qui est cachée dans la maison ou que l’on respire peut « recharger » l’atteinte. D’où l’importance de vérifier calmement les lieux, sans obsession, et de demander conseil au raqi si l’on trouve un objet suspect. Mais la découverte n’est pas une condition de la guérison : Allah guérit par Sa parole, que l’objet soit retrouvé ou non.
Troisième cause : une sorcellerie renouvelée
Certains sorciers refont leur travail lorsqu’ils apprennent que la personne va mieux. Les patients décrivent alors une rechute brutale, sans raison apparente, après une période de mieux-être. La réponse est la constance : la protection quotidienne fait barrage, et le suivi avec le raqi se poursuit sur plusieurs séances, aussi longtemps que nécessaire. Allah dit : « Ceux qui craignent Allah, lorsqu’une suggestion du diable les touche, se souviennent : et les voilà clairvoyants » (Al-Aʿrâf, 7:201). Le mot tâ’if, traduit par « suggestion », vient de la racine t-w-f, « tourner autour » : le diable rôde, et le rappel d’Allah le repousse.
Quatrième cause : le regard des autres
Celui qui va mieux en parle, montre sa joie, publie ses réussites… et s’expose de nouveau au mauvais œil. Le Prophète ﷺ a dit : « Aidez-vous de la discrétion pour réussir vos affaires, car tout détenteur d’un bienfait est envié » (At-Tabarânî ; authentifié par Al-Albânî, Sahîh al-Jâmiʿ, n° 943). La discrétion fait partie du traitement.
Cinquième cause : la peur de rechuter
La médecine connaît bien l’effet nocebo : s’attendre à aller mal peut, à lui seul, aggraver les symptômes ressentis (Colloca et Miller, 2011). Celui qui guette chaque sensation, qui lit sans cesse des récits d’atteintes, qui ne parle que de sa maladie, entretient son angoisse. Cela ne veut pas dire que l’atteinte n’est pas réelle. Cela veut dire que la peur s’ajoute à elle.
Le remède prophétique à la peur, c’est la confiance en Allah : « Sache que si toute la communauté se réunissait pour te nuire, elle ne te nuirait que par une chose qu’Allah a déjà écrite pour toi » (At-Tirmidhî, n° 2516, qui le juge bon et authentique). Tenir un petit carnet de ses progrès aide aussi à voir le chemin parcouru plutôt que les seuls mauvais jours.
Que faire concrètement en cas de rechute ?
- Reprendre immédiatement le programme complet de protection, sans attendre.
- Recontacter le raqi : une rechute se traite mieux tôt que tard, et le suivi se fait sur plusieurs séances.
- Vérifier la maison calmement, et redoubler d’eau de roqya et de lecture d’Al-Baqara.
- Rester discret sur sa guérison.
- Ne jamais arrêter un traitement médical en cours.
Enfin, se rappeler que la patience elle-même est récompensée : « Aucune fatigue, aucune maladie, aucun souci, aucune tristesse, aucun mal ni aucune peine n’atteint le musulman, pas même une épine qui le pique, sans qu’Allah n’efface par cela une partie de ses péchés » (Al-Bukhârî, n° 5641 ; Muslim, n° 2573).
Références pour approfondir
- Ibn Manzûr, Lisân al-ʿArab, racine n-k-s.
- Al-Bukhârî, Sahîh, n° 2311, 5009, 5641, 5763, 6464.
- Muslim, Sahîh, n° 780, 783, 808, 2189, 2573.
- Abû Dâwûd, Sunan, n° 5088 ; At-Tirmidhî, Jâmiʿ, n° 2516 et 3388.
- Al-Albânî, Sahîh al-Jâmiʿ as-Saghîr, n° 943.
- Ibn al-Qayyim, Ad-Dâ’ wa-d-Dawâ’ ; Zâd al-Maʿâd, chapitre sur le traitement de la sorcellerie.
- Colloca L., Miller F. G., « The nocebo effect and its relevance for clinical practice », Psychosomatic Medicine, 2011, 73(7), p. 598-603.