Questions des femmes
La roqya pendant les règles, la grossesse et après l’accouchement : les réponses des savants.
Beaucoup de femmes se demandent si elles peuvent faire la roqya pendant leurs règles, leur grossesse ou après l’accouchement. Les savants en ont débattu avec précision. Voici leurs positions, leurs arguments, et ce que l’on peut faire concrètement.
Pendant les règles : ce qui fait consensus
Les invocations, le rappel d’Allah, les formules de protection et l’écoute du Coran sont permis à la femme en période de règles, sans aucune divergence. ‘Â’icha rapporte que le Prophète ﷺ récitait le Coran la tête posée sur ses genoux alors qu’elle avait ses règles (Al-Bukhârî 297, Muslim 301).
La récitation du Coran : le grand débat
La majorité des savants hanafites, châfi‘ites et hanbalites interdit à la femme en règles de réciter le Coran. Elle s’appuie sur un hadith : « La femme en règles et la personne en état d’impureté majeure ne récitent rien du Coran » (At-Tirmidhî 131). Mais ce hadith est jugé faible par les spécialistes, dont At-Tirmidhî lui-même et Ibn Hajar.
L’imam Mâlik l’a permise, au moins par cœur, et Ibn Taymiyya a défendu cet avis dans Majmû‘ al-Fatâwâ (vol. 26) : les femmes avaient leurs règles au temps du Prophète ﷺ, et s’il le leur avait interdit, cela aurait été transmis clairement, comme l’interdiction de prier et de jeûner. Ibn Taymiyya ajoute qu’empêcher une femme de réciter pendant plusieurs jours chaque mois lui ferait oublier ce qu’elle a appris.
Les deux avis sont respectables. Celle qui suit l’avis de la majorité peut faire sa protection par les invocations et écouter la roqya ; celle qui suit l’avis de Mâlik peut réciter de mémoire, surtout en cas de besoin, comme une atteinte qui demande une protection quotidienne.
Toucher le mus’haf
La majorité interdit de toucher le mus’haf sans pureté, en s’appuyant sur la lettre envoyée à ‘Amr ibn Hazm : « Que seul celui qui est pur touche le Coran. » On peut réciter par cœur, lire sur un téléphone, ou utiliser des gants.
Pendant la grossesse
La roqya est permise et bienfaisante pendant la grossesse. Les précautions viennent surtout des produits : certaines plantes et huiles essentielles sont déconseillées, de grandes quantités d’huile de nigelle n’ont pas été étudiées chez la femme enceinte, et les bains très chauds sont à éviter. Toute préparation à boire doit être validée par le médecin ou la sage-femme.
Après l’accouchement
Les mêmes règles que pendant les règles s’appliquent pendant les lochies (nifâs). La mère peut réciter sur son bébé les invocations de protection : « U‘îdhuka bi-kalimâti-llâhi-t-tâmmati min kulli chaytânin wa hâmma, wa min kulli ‘aynin lâmma. » (Al-Bukhârî 3371)
La fatigue et les larmes des premiers jours (le « baby blues ») sont fréquentes. Mais une tristesse profonde qui dure plus de deux semaines, une perte d’intérêt pour le bébé ou des idées noires peuvent être une dépression du post-partum, qui touche environ une femme sur huit et se soigne très bien. Il ne faut pas la confondre avec une atteinte spirituelle : parlez-en à votre médecin.
La roqya par un homme
Elle est permise dans un cadre strict : jamais d’isolement, la présence d’un proche, pas de contact, et le respect de la pudeur. Une femme compétente est préférable pour les femmes, lorsque c’est possible.
Références pour approfondir
- Al-Bukhârî 297, 3371 ; Muslim 301 ; At-Tirmidhî 131.
- Ibn Taymiyya, Majmû‘ al-Fatâwâ, vol. 21 et 26.
- An-Nawawî, Al-Majmû‘, chapitre des règles.
- Ibn Hajar, Talkhîs al-habîr, sur la faiblesse du hadith d’At-Tirmidhî.