Blocages persistants
Quand la vie semble fermée malgré la roqya : examiner toutes les causes, et les traiter ensemble.
Mariage qui ne se fait pas, travail qui échappe au dernier moment, projets qui s’effondrent sans raison : certaines personnes vivent un blocage qui dure, malgré la roqya. Ce blocage peut avoir plusieurs sources à la fois. Les examiner toutes, avec honnêteté et sans culpabilité excessive, permet souvent de le dénouer.
Un blocage n’est pas forcément une punition
Il faut d’abord écarter une idée fausse : celui qui est bloqué ne serait qu’un pécheur puni. Le Prophète ﷺ lui-même, le meilleur des hommes, a été ensorcelé (Al-Bukhârî, n° 5763). Les prophètes ont été les plus éprouvés des hommes : « Les gens les plus durement éprouvés sont les prophètes, puis ceux qui leur ressemblent le plus » (At-Tirmidhî, n° 2398, qui le juge bon et authentique). La sorcellerie et le mauvais œil sont des réalités, et un blocage persistant peut en être le signe. Il ne faut jamais les minimiser.
Mais l’islam enseigne aussi que les fautes peuvent fermer des portes. Les deux vérités vont ensemble, et la sagesse consiste à travailler sur les deux.
Les fautes qui ferment des portes
« Tout malheur qui vous atteint est dû à ce que vos mains ont acquis, et Il pardonne beaucoup » (Ash-Shûrâ, 42:30). Le dernier mot du verset est essentiel : Allah pardonne beaucoup, et ne demande pas des comptes sur tout.
Un hadith dit : « L’homme peut être privé d’une subsistance à cause d’un péché qu’il commet » (Ibn Mâjah, n° 4022 ; Ahmad). Les savants divergent sur son authenticité : Ibn Hibbân et Al-Hâkim l’ont authentifié, tandis qu’Al-Albânî a jugé faible ce passage. Son sens est cependant confirmé par le Coran : « Quiconque craint Allah, Il lui donne une issue, et le pourvoit d’où il ne s’y attend pas » (At-Talâq, 65:2-3). Le mot makhraj, « issue », désigne littéralement la porte de sortie d’un lieu fermé.
Questions à se poser, seul face à Allah :
- Mes prières obligatoires sont-elles accomplies, et à l’heure ?
- Y a-t-il un péché que je n’ai jamais vraiment abandonné ?
- Ai-je rompu les liens avec un parent, un frère, une sœur ?
- Ai-je une dette non remboursée, une promesse non tenue, un bien pris injustement ?
- Ai-je fait du tort à quelqu’un à qui je n’ai jamais demandé pardon ?
Les droits des autres
Le Prophète ﷺ a demandé : « Savez-vous qui est le ruiné ? » Puis il a expliqué : celui qui vient au Jour dernier avec des prières, des jeûnes et de la zakât, mais qui a insulté l’un, calomnié l’autre, pris le bien d’un troisième ; ses bonnes actions sont données à ceux qu’il a lésés (Muslim, n° 2581). Les savants expliquent que le repentir d’une faute envers Allah demande trois conditions (cesser, regretter, ne pas recommencer), et que la faute envers une personne en demande une quatrième : lui rendre son droit ou obtenir son pardon (An-Nawawî, Riyâd as-Sâlihîn, chapitre du repentir).
L’istighfâr, la clé des portes fermées
فَقُلْتُ اسْتَغْفِرُوا رَبَّكُمْ إِنَّهُ كَانَ غَفَّارًا يُرْسِلِ السَّمَاءَ عَلَيْكُم مِّدْرَارًا وَيُمْدِدْكُم بِأَمْوَالٍ وَبَنِينَ
« Implorez le pardon de votre Seigneur, car Il est Celui qui pardonne beaucoup ; Il enverra sur vous du ciel des pluies abondantes, et Il vous accordera beaucoup de biens et d’enfants » (Nûh, 71:10-12).
Al-Qurtubî rapporte, dans son exégèse de ces versets, qu’un homme vint se plaindre de la sécheresse auprès d’Al-Hasan al-Basrî, qui lui dit : « Demande pardon à Allah. » Un deuxième se plaignit de la pauvreté, un troisième de ne pas avoir d’enfant, un quatrième de la sécheresse de son jardin : à chacun, il fit la même réponse. Comme on s’en étonnait, il récita ces versets de Nûh. Le mot ghaffâr est une forme intensive : non pas « Celui qui pardonne », mais « Celui qui pardonne sans cesse, encore et encore ».
L’invocation qui change le décret
« Rien ne repousse le décret sinon l’invocation » (At-Tirmidhî, n° 2139, qui le juge bon). Et l’invocation de Yûnus dans le ventre de la baleine, « Lâ ilâha illâ anta, subhânaka, innî kuntu mina z-zâlimîn », a cette promesse : « Aucun musulman ne l’invoque pour quoi que ce soit sans qu’Allah ne l’exauce » (At-Tirmidhî, n° 3505). Elle réunit l’unicité d’Allah, Sa glorification et l’aveu de sa propre faute : les trois clés de l’exaucement.
Ne pas oublier le corps
Une fatigue écrasante, un manque d’envie, une incapacité à agir peuvent aussi venir d’une cause médicale : carence en fer ou en vitamine D, trouble de la thyroïde, dépression, troubles du sommeil. Une revue de la littérature médicale montre que ces causes sont fréquentes chez les personnes qui consultent pour une fatigue persistante (Stadje et al., 2016). Un bilan sanguin chez le médecin ne contredit pas la roqya : le Prophète ﷺ a dit « Soignez-vous, car Allah n’a pas fait descendre de maladie sans faire descendre son remède » (Abû Dâwûd, n° 3855 ; At-Tirmidhî, n° 2038). Les deux se font ensemble.
La patience et la constance
Le danger, face à un blocage, est de tout changer chaque semaine : un nouveau raqi, un nouveau remède, une nouvelle méthode. La constance est une partie du traitement. Le suivi avec le raqi se fait sur plusieurs séances, et certaines atteintes anciennes demandent du temps. Allah dit : « Ô vous qui croyez, cherchez secours dans l’endurance et la prière, car Allah est avec les endurants » (Al-Baqara, 2:153). Le mot sabr, l’endurance, vient d’une racine qui signifie « retenir » : retenir son âme du désespoir, sa langue de la plainte, et ses mains de ce qui est interdit.
Références pour approfondir
- Al-Bukhârî, Sahîh, n° 5763.
- Muslim, Sahîh, n° 2581.
- At-Tirmidhî, Jâmiʿ, n° 2038, 2139, 2398, 3505.
- Ibn Mâjah, Sunan, n° 4022, et les jugements d’Ibn Hibbân, Al-Hâkim et Al-Albânî.
- Abû Dâwûd, Sunan, n° 3855.
- Al-Qurtubî, Al-Jâmiʿ li-ahkâm al-Qur’ân, sur Nûh 71:10-12.
- An-Nawawî, Riyâd as-Sâlihîn, chapitre du repentir.
- Stadje R. et al., « The differential diagnosis of tiredness: a systematic review », BMC Family Practice, 2016, 17:147.